Le jazz et la salsa: l’histoire d’un metissage

Les étapes de la fusion de deux traditions

Aux origines d’une fusion : Sud profond anglo-saxon et Caraïbes hispaniques au XIXe siècle

Le spectacle populaire, laboratoire de créativité

Aux Etats-Unis le XIXe siècle est l’époque de l’émergence de ce qu’on a appelé la ministrelsy c’est-à-dire la vogue des minstrels (du mot « menestrel » emprunté par l’anglais au français médiéval, désignant des chanteurs, danseurs et jongleurs ambulants, se produisant devant un public populaire). Ces troupes d’artistes ambulants parcouraient les routes, le visage barbouillé de suie (blackface).

Les spectacles des minstrels se structuraient en trois parties sous le contrôle d’un maître de cérémonie. Ils étaient caractérisés par une succession de gags, de danses populaires et de ballades. Initialement les minstrels avaient été des troupes blanches. Les blancs se barbouillaient le visage avec un bouchon brûlé et s’affublaient de perruques en laine, ce qui était une manière de se moquer des noirs. Mais après l’abolition de l’esclavage, des noirs furent associés à ces troupes. Les spectacles produits se mirent à mêler réminiscences africaines (danses afro-américaines issues du brassage des plantations) et européennes (danses de pionniers, de matelots, danses populaires britanniques). En ce sens ils ont été un laboratoire de la fusion de la tradition africaine, dominante, et de la tradition européenne.

Ainsi la danse du cake-walk, au rythme fortement syncopé, issue du folklore de la plantation, était alors très en vogue. Dans la plantation des danseurs noirs s’exécutaient devant les propriétaires et le meilleur danseur était récompensé par un morceau de gâteau, d’où le nom de cette danse. Le cake-walk était une danse tout imprégnée d’humour. C’est une façon pour les esclaves de se moquer des propriétaires et de prendre du recul. Dans les minstrels, les rôles s’inversent. Les artistes noirs se trouvent dans la situation paradoxale d’imiter des blancs qui imitent des noirs qui imitent eux-mêmes des blancs. C’est un jeu de rôle incessant. La minstrelsy traduit une reconnaissance croissante du style afro-américain. Elle a rendu célèbre des artistes noirs.

Dans les régions caraïbes on observe des évolutions semblables à la même époque. Ainsi à Cuba, le teatro bufo importé de Naples fait sensation. Les personnages sont des archétypes de la société cubaine. On ridiculise l’Espagnol, le gallego, alors que le negrito est malicieux et la mulata a la langue bien pendue. On y chante et danse une forme de rumba pour clore le spectacle. Les sketchs sont entrecoupés de chansons satiriques, des garachas qui ne plaisent pas toujours à l’Eglise et à l’aristocratie. En effet ces garachas illustrent surtout le sentiment d’hostilité contre la domination espagnole. Elles ont une symbolique culturelle et sociale, voire politique comme dans le travail des minstrels. Ces danses pratiquées dans les ports de la Havane et de Matanzas se caractérisent par des pas marchés et déhanchés, évidemment empruntés à la tradition africaine.

Le teatro bufo et les minstrels distraient et font rire plutôt dans les campagnes et les milieux populaires. Ce qui ne veut pas dire que l’osmose des cultures musicales et chorégraphiques ne s’opère que dans les milieux modestes. Dans la haute société, on se livre aux délices des danses « nobles » venues d’Europe, comme la contredanse ou encore les quadrilles. Mais ces danses ne restent pas indemnes des influences africaines. Arrivées dans le Nouveau Monde, elles sont aussitôt « africanisées » à des degrés différents selon les milieux où elles sont dansées.

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