La danse africaine

A l’origine du jazz et de la salsa: une matrice originelle commune : la danse africaine

Caractéristiques de la danse africaine

Sur le sol de l’Afrique les danses sont nombreuses, comme les ethnies et les parlers. Pourtant les danses africaines ont en commun un certain nombre de traits caractéristiques qui se retrouveront dans une large mesure dans la danse jazz et la salsa. C’est pourquoi nous utiliserons le singulier, « la danse africaine », pour évoquer ces singularités.

Comment caractériser la danse africaine, celle d’hier comme celle d’aujourd’hui ?

La danse africaine se caractérise par un rapport au sol spécifique : l’attaque du pied au sol. Les genoux sont pliés, ce qui implique que le bassin est proche du sol. Le centre de gravité est bas, ce qui permet de varier les dynamiques : opposer des mouvements très rapides à des mouvements plus lents et plus liés. Cela permet aussi de donner un effet de surprise, d’inattendu. Les mouvements sont surtout saccadés, vifs, secs et rapides. Il y a beaucoup de ruptures, d’accents, d’isolations et de dissociations. La polyrythmie transparaît dans le corps du danseur : le rythme des mouvements des mains par exemple peut être différent de celui des jambes, du buste etc… Ce rythme peut être marqué au sol par les pieds. Le corps du danseur semble perpétuellement habité par une pulsion rythmique, souvent marquée au niveau du sternum. La danse africaine mobilise tout le corps de façon très physique. Il y a beaucoup de mouvements acrobatiques. La danse révèle en quelque sorte l’impétuosité et la force du corps.

J’ai moi-même observé au cours d’un séjour en Côte d’Ivoire que souvent les jeunes se retrouvent sur les plages pour se défier corporellement. La notion de défi est fondamentale dans la danse africaine. Elle le sera aussi plus tard dans la danse jazz et dans la salsa. Souvent, en Afrique les jeunes se défoulent en faisant des figures acrobatiques, simulent des combats qui ne sont pas sans rappeler la capoiera, danse et musique brésilienne pratiquée par les esclaves noirs dès le XVIIe siècle à Bahia.

Les danses africaines peuvent exprimer une petite histoire, une anecdote ou un récit. Elles peuvent célébrer des esprits ou des divinités. Le savoir et les connaissances des anciens se transmettent par voix orale. La danse, comme la musique, participent de ce moyen de transmission.

Les masques africains ont une valeur religieuse. Le masque Baoulé par exemple représente une divinité, il a sa chorégraphie particulière. Le danseur masqué porte une sorte de

robe en paille, enroulé autour de la taille. Lors de sa danse, il va l’enlever petit à petit en exécutant une sorte de transe avec des mouvements très rapides et saccadés. Son masque lui sert pour danser, pour s’identifier à la divinité mais c’est aussi un objet de culte qu’il vénère.

Au cours de célébrations religieuses et profanes, les participants changent continuellement de rôle. Ils peuvent être tour à tour musiciens, danseurs ou spectateurs. Les danseurs s’identifient à des êtres imaginaires, que ce soit un esprit ou une divinité mais aussi à des êtres réels.

Je me souviens par exemple d’une danse guerrière où chaque danseur avait son rôle. Une jeune fille arrivait en chantant près d’une source pour se désaltérer, sa danse était accompagnée juste de son chant. Puis soudain une bête sauvage apparaissait. Le danseur était complètement recouvert d’une tunique couleur terre. Il n’était jamais sur ses pieds. Il dansait, sautait, en prenant appui sur ses genoux et ses mains. C’était très impressionnant de le voir faire tant de figures sans jamais poser un pied par terre. Il dansait d’abord sans musique. Puis arrivaient des villageois armés de bâtons. Les percussionnistes entraient à ce moment en jeu. Plusieurs rythmes se confondaient. Un soliste semblait accompagner la bête alors que les autres suivaient les guerriers. La danse était composée de sauts et de combats au corps à corps avec la bête. A la fin, les musiciens et danseurs reprenaient en chœur le chant initial de la jeune fille.

Comme on s’en doute une telle pratique chorégraphique est aux antipodes de la tradition européenne de la danse de cour comme de salon. Sans le primat du rythme et du geste qui caractérise la danse africaine, la danse jazz et la salsa, leurs lointaines héritières n’auraient pas pu apparaître.

Mais la traite des noirs a déraciné l’Afrique et donc la danse africaine. Celle-ci n’a pu se survivre dans le Nouveau-Monde que parce qu’elle s’est associée intimement à un message religieux, même transformé à partir des animismes du continent noir.

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